Haut le(s) cœur(s)

Publié le par association Trévoux Citoyens

Haut le(s) cœur(s)

Haut-le-cœur depuis quelques jours, quelques heures.
Depuis que s'accumulent ci ou là des propos que l'on peut qualifier de diffamants au sujet de l'association Les Restos du Cœur.

Au delà de cette polémique très actuelle qui enveloppe avec noirceur le nouvel hymne des Restos jugé "Réac", (l'auteur Goldman en vient à devoir se justifier sur les paroles écrites), fleurissent à la radio, la télé, sur les réseaux sociaux en particulier – et ailleurs aussi - des pensées qu'on peut aisément qualifier de négatives, destructrices voire populistes parfois.

Des poncifs à la pelle qui ne cessent de mettre en lumière le décalage entre la richesse des artistes qui se mobilisent pour une cause et la pauvreté d'un soi-disant parterre de smicards, bras levés, applaudissant lors des concerts, liesse aux lèvres. Curieuse rhétorique qui, au delà du mépris projeté sur le public populaire, illustre une certaine méconnaissance de ce qu'est véritablement un smicard.

Peut-on juste rappeler ce qu'est un smicard ? Quelqu'un qui n'a hélas pas les moyens bien souvent de donner aux Restos en achetant une place de concert ou un CD ? Non, un smicard serait plutôt du côté des bénéficiaires. Encore faut-il en avoir conscience. A trop médire, on en oublie l'essentiel et le sens des mots.

Quant aux artistes sur scène, certes ils sont tous plus ou moins millionnaires mais est-ce le problème ? Est-ce une raison pour tomber dans une sorte de petit racisme ordinaire, dont le risque majeur est qu’au final, les dons s’amenuisent et que la diversité des actions financées diminue. Car les Restos servent aussi à l’insertion professionnelle, à l’accompagnement scolaire, à l’hébergement d’urgence…

Pour éviter tout soupçon de prosélytisme, je tiens à rappeler que Les Restos du cœur n’est pas la seule association à répondre à ces nombreux besoins. On peut citer entre autres Le Secours Populaire et La Croix Rouge, deux associations majeures qui n’hésitent pas elles aussi, et c’est compréhensible, à faire appel à des stars (chanteurs, politiques, acteurs, "femme de") pour booster certains de leurs événements. C’est ce qui s’appelle le Charity Business !!

Imaginons demain la fin de ces spectacles d’Enfoirés pointés d’un doigt (majeur) rageur.

Peut-on croire qu'avec d'autres artistes aussi talentueux soient-ils mais parfaitement inconnus, on puisse récolter plus de 20 millions d'euros. Une somme plus qu'utile - je ne vais pas rappeler la diversité et le nombre croissant des bénéficiaires - à l'heure où le bilan comptable n'est pas mirobolant. Un déficit de 7 millions d'euros en 2014
10 millions peut-être en 2015 (lire lien en bas de page).

Imaginons encore ce même bilan sans le don régulier de denrées alimentaires distribuées par les grands groupes de la distribution - tous multimillionnaires aussi - pas toujours exemplaires en qualité de rémunération de son personnel. Mais là, on ne s'offusque pas. Question de choix ?

Au passage, souhaitons que pour le prochain Téléthon, ces mêmes détracteurs éviteront d‘évoquer la richesse de celui ou celle qui parrainera l’événement ! Car autant le rappeler, la logique est la même. Seule la cause diffère.

La palme revient à Jacques Attali, découvreur officiel de l’œuf à deux jaunes, auteur des livres De l'art de retourner sa veste sans toucher les coutures et Petit traité économique à l'usage des esprits caviardisés, qui déclare tout récemment avoir toujours détesté les Enfoirés.
Moi aussi ceci-dit, mais lui et moi ne parlons pas des mêmes enfoirés.

Ce spécialiste de l'économie obscène, lui-même acteur de ce monde gangréné par l’argent, qui connait chaque rouage de la logique mondialiste, a dit, je cite "On ne se met pas en scène quand on fait la charité… Je trouve ça obscène".

Dernier conseil en date. Selon lui, les artistes devraient tout bonnement verser 10% de leur recette sans le dire.

  • Premièrement, qui nous dit que certains ne le font pas ? Monsieur Attali lui-même reverse t-il 10% de ses droits d’auteurs et de ses nombreuses sources de revenus sans nous le dire ?
  • Deuxièmement, les Enfoirés n'ont pas, par leur action, vocation à faire la charité mais plutôt à inciter le plus grand nombre à la pratiquer.
  • Troisièmement, ce conseiller en stratégie financière (qui n’a à ce jour pas encore trouvé la solution pour éradiquer la faim dans le monde) a t-il calculé sur un I-Phone (fabriqué par une richissime multinationale qui s’enrichit sur le dos de petites mains chinoises) ce que ferait 10% des recettes personnelles des artistes concernés ?
    Pas sûr qu’on arrive aux 23 millions recueillis grâce aux concerts.

Quand la morale s'ajoute à la bêtise, c’est qu’on ne craint pas d'être vulgaire !

Je ferai l’impasse sur les commentaires de Marine Le Pen qui, sans surprise et par un réflexe populiste, est contre. Contre cette chanson, contre, je cite “ces millionnaires bobos qui répondent à la jeunesse… ”. Bref, comme toujours, elle est contre.

Pour conclure, je me fiche comme de ma première assiette de spaghettis du sens à donner à ce texte, soi-disant “réac”. Tout comme je me fiche aussi de ce que peuvent posséder les uns ou les autres. Surtout quand ceux-ci contribuent à leur manière à répondre à certains problèmes.
L'opportunisme n'est pas toujours là où l'on croit.

L’essentiel et l’urgence sont pour moi tout simplement ailleurs.

Haut les cœurs.

Lionel PERRET

http://www.lexpress.fr/actualite/societe/les-restos-du-coeur-prevoient-10-millions-de-deficit-en-2015_1644832.html

 

Publié dans De vous à nous

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